Révocation du TPS aux États-Unis : des familles haïtiennes se tournent vers le Canada
La révocation du TPS pour environ 350 000 Haïtiens aux États-Unis pousse de nombreuses familles à se tourner vers le Canada, où elles se heurtent toutefois à des règles migratoires de plus en plus restrictives.

La décision de la Cour suprême des États-Unis d'autoriser l'administration Trump à mettre fin au Statut de protection temporaire (TPS) accordé à environ 350 000 ressortissants haïtiens provoque une vive inquiétude au sein de la communauté haïtienne. Les premières conséquences se font déjà sentir, alors que plusieurs familles envisagent de rejoindre le Canada dans l'espoir d'y trouver une protection.
Selon Frantz André, porte-parole et coordonnateur du Comité d'action des personnes sans statut, les mouvements vers la frontière canadienne ont commencé immédiatement après l'annonce de la décision. En entrevue accordée à LCN samedi, il a indiqué que trois jeunes Haïtiens — un frère et ses deux sœurs — sont arrivés à la frontière dès les premières heures de la journée. « Les gens ont commencé à se diriger vers le nord aussitôt que la décision a été annoncée », a-t-il expliqué.
Toutefois, les personnes qui souhaitent demander refuge au Canada font face à de nombreux obstacles. Le programme canadien actuellement en vigueur est principalement fondé sur la réunification familiale de premier degré, limitant l'admissibilité aux parents, conjoints et enfants. Les autres membres de la famille, tels que les frères, sœurs, tantes, oncles ou cousins, ne sont généralement pas couverts par cette mesure.
Frantz André souligne également les difficultés rencontrées par les migrants qui traversent la frontière de manière irrégulière. Selon lui, ces derniers doivent demeurer discrets pendant une période de quatorze jours avant de pouvoir présenter une demande d'asile, une situation qu'il qualifie de profondément injuste. Il rappelle également que l'entrée en vigueur de la loi C-12, le 26 mars dernier, a davantage restreint les possibilités d'accès au système d'asile canadien.
Interrogé sur l'Entente sur les tiers pays sûrs conclue entre le Canada et les États-Unis, M. André estime que les conditions actuelles remettent en question son application. Il affirme que les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un pays sûr pour les personnes concernées par la révocation du TPS et invite le gouvernement canadien à revoir sa position. Il plaide pour la mise en place de programmes d'accueil et d'asile comparables à ceux qui ont été instaurés pour les réfugiés ukrainiens.
Alors que des milliers d'Haïtiens risquent de perdre leur statut légal aux États-Unis, cette décision pourrait entraîner une augmentation des demandes d'asile à la frontière canadienne dans les semaines à venir, alimentant les débats sur la politique migratoire des deux pays.
